Mon portrait de Xuefeng Chen : une artiste chinoise à Lyon

Si les mots Yunnan, cérémonies, art contemporain, broderie, arts décoratifs, Chine, France, sculpture, racines résonnent dans vos esprits, le travail de Chen Xuefeng trouvera certainement écho dans votre cœur et votre corps.

Lyonnaise depuis 6 ans, cette artiste chinoise est animée par le désir de transmettre. Ses œuvres sont là pour donner d’elle, de sa culture et de sa générosité. Créative, en mouvement, Xuefeng s’interroge et se questionne sur ses racines, son pays, sur l’humain, avant, maintenant et ensuite. D’où elle vient, ce qu’elle est et ce qui adviendra. En colère contre la « culture poubelle », autrement dit les mouvements qui jettent à la poubelle les traces de leur propre culture, Xuefeng souhaite que son art « ouvre une lumière sur les personnes et non répande un nuage de problèmes ».

Je vous emmène en balade à la rencontre de cette belle personne qui m’a ouvert les portes de son atelier dans le 3ème arrondissement de Lyon.

La graine

Chen Xuefeng est née dans le Yunnan en Chine. Elle passe 13 ans près de sa mère dans la campagne d’un petit village. Des montagnes, des grottes, de la terre rouge. La petite fille court nus pieds dans ces paysages. Ce qu’il y a derrière les montagnes ? Elle l’ignore. Sa pensée va sans limite entre lacs et montagnes près d’une maman un peu chamane qui connaît les rituels ancestraux. Le rouge et le rose des broderies traditionnelles parent le vert foncé et le marron de la forêt. Les esprits sont partout, l’esprit de l’eau, l’esprit de la montagne, l’esprit de l’arbre. Ils protègent, on leur rend hommage. Les images défilent sous les yeux curieux de Xuefeng. Attentive, les yeux ouverts et les oreilles alertes et respectueuses du bruit de la pluie qui tombe. 13 ans d’une enfance heureuse, entourée : « Je dois remercier mes parents de m’avoir donné un esprit aussi libre dans lequel il n’y a rien qui me coince. Pour moi petite, chaque jour était un voyage inconnu. Derrière le lac qu’y a-t-il ? On ne sait pas, peut-être qu’on tombe et qu’on meurt. Il n’y a pas de limites ».

La pousse

Quelques années plus tard Xuefeng est en voyage sur une route qui la mène à Zhongdian dans les contreforts du Tibet. Une voiture, une route étroite et sinueuse, à flanc. Un ravin. Un accident et une chute de 28m. Le choc et la chance. La chance d’être indemne, la chance d’avoir le choc qui remet toutes les idées de la jeune Xuefeng en place, tout devient clair : « Ca me donne une ouverture immense, j’ai l’impression que je comprends tout, la vie, la base, cette expérience-là m’a sauvée dans toutes mes moments difficiles de la vie. »

Des études aux beaux arts, dont une année à l’école des Beaux-Arts Hangzhou ou Xuefeng rencontre des professeurs qui ouvrent encore un peu plus le cœur de la future artiste. Diplôme en poche, elle est en poste à Suzhou pour un contrat de 10 ans. Mais la jeune pousse a envie de lumière, elle veut de l’air et elle choisit celui de l’Allemagne. Sa curiosité la conduit en France, à Strasbourg à l’école des Arts décoratifs.

Le temps des questions. Baguette ou fourchette, fromage ou tofu ? Que faire de sa culture, que faire de la France ? La création, l’art est un chemin qui lui permet d’explorer ces territoires. Elle part à la recherche de ses sources, elle cherche dans l’art, dans les cultes et ses souvenirs lui reviennent. « Je suis une graine de pomme et je veux ouvrir ma fleur de pomme ».

La racine chinoise, les branches françaises

Pendant ses études en France ses recherches dansent autour des cultes, des cérémonies et tout lui revient, les gestes de sa maman, les dessins traditionnels chinois, les motifs traditionnels, les écritures, tout ce qu’elle a connu et vu pendant son enfance sans jamais vraiment l’interroger, sort de ses mains et de son ventre. Le papier découpé, la broderie, le textile, la sculpture. Xuefeng touche à ces techniques, elle les fait siennes et navigue dans ses racines pour faire pousser son arbre. Sa petite fille vient au monde, Xuefeng découvre la maternité, elle emmène sa fille dans le Yunnan et voit sa mère faire les offrandes pour protéger et accueillir ce nouvel être humain, si précieux. Elle poursuit ses interrogations « Pourquoi est-on là ? Pourquoi vit-on ? Pourquoi nourrit-on ses enfants ? » A quoi elle répond « C’est juste pour le chemin de comprendre soi-même pourquoi on vit. ». Elle trouve et nomme ce qui la touche, ce qui la rend vivante, elle s’émeut devant une petite sculpture en terre datée de 300 av JC qui représente une déesse.

Le fruit, la passeuse

3 fois maman, 13 ans d’enfance en Chine dans le Yunnan, 11 ans de vie en France, 6 ans à Lyon. Des expositions, des sculptures, un travail d’une sensibilité touchante, Xuefeng est une passeuse. Elle transmet les images de son enfance, revisitées par ses expériences et sa culture franco-chinoise.  Elle ne s’inscrit dans aucun courant particulier, elle ne cherche pas à faire partie d’un mouvement, elle aime juste parler de l’humain. Humble et éclairée Xuefeng équilibre sa création nourrie d’un imaginaire sans carcan.

Ses sculptures généreuses, rondes, sa maman qui fait des câlins au monde, sa Chine, ses ancêtres, sa France qui est devenu le soleil qui fait mûrir son fruit, ses broderies si fines si singulières… C’est sa vie qui est mobilisée autour du désir de retrouver l’humain. « Maintenant on est perdu, on est trop loin là, il faut revenir, il faut être un humain normal. Depuis qu’on est né on n’a plus d’oreilles, on n’a plus d’yeux, il y a trop d’images, trop de sons, où est la création originelle ? ».

Chen Xuefeng agit comme une onde de diffusion de sa culture et de ses fictions. Chinoise en France, la petite fille qui se cachait dans les grottes du Yunnan, se réfugie maintenant dans son atelier à Lyon, dans son domaine où elle peut entendre la pluie tomber et travailler sereinement.

http://xuefeng-chen.tumblr.com/

A voir en ce moment

Exposition collective à la Galerie Françoise Besson 69004 LYON

"Story&Spirit"du 29 octobre au 19 novembre 2013

2014

mars, Art-Paris Art- Fair, Grand Palais, Paris

mars, table ronde - projet France-China "Dans quel monde tu vis?" Paris

mars, table ronde - projet France-China "Dans quel monde tu vis?" Metz